Griffonnage

Le blog d'un apprenti prosateur

Premiers émois

Fairytale_woodland_D-Reichardt-blog

Il faisait beau ce matin, les oiseaux gazouillaient gaiement, volant d’arbre en arbre, voltigeant allègrement entre les branches vides de feuille. L’automne arrivait à son terme. L’hiver prenait son temps pour s’affirmer, comme s’il attendait que les couleurs chatoyantes de cette saison s’estompent d’elles mêmes pour ne pas s’en sentir responsable.

Les feuilles aux nuances ambrées jonchaient le sol meuble de l’orée de la forêt. Louise aimait s’y promener seule, afin de laisser ses pensées dériver entre elles. Mais depuis quelque temps, elle était d’humeur badine, enjouée. Elle se sentait pousser des ailes, et elle aurait bien aimé rejoindre ces volatiles, afin d’exprimer sa gaieté du moment.

Depuis son arrivée dans son école il y a quelques mois, Louise ne pensait qu’à lui. Elle se demandait ce qu’il lui arrivait, elle qui, du haut de ses 14 ans, n’avait jamais ressenti cela. Elle ne pouvait s’empêcher de le regarder, mais n’arrivait pas à s’approcher de lui.

Quand elle devait le croiser, elle essayait timidement de lever les yeux sur lui, mais les rabaissait, aussitôt qu’il faisait le moindre mouvement…

Elle n’avait pas d’amie à qui se confier, et elle ne savait pas quoi faire. Mais, vendredi, il s’est approché d’elle… Le rouge lui est monté aux joues, elle avait les mains moites et tremblantes, et son cœur battait la chamade. Elle aurait aimé s’enfuir discrètement, mais il n’y avait personne autour d’elle. Il l’a salué, poliment, jovialement en arborant ce sourire si beau qu’elle s’est sentie défaillir. Elle s’est reprise, lui a rendu son bonjour en souriant aussi bêtement qu’il lui avait semblé. Ce qu’il lui dit à ce moment là était comme un rêve, un bonheur pur ; un feu d’artifice est parti de son cœur et a embrasé toutes les parties de son corps, même celles dont elle ignorait encore l’existence !

Elle buvait ses paroles comme on boit un verre d’eau, sauf que le liquide était plus enivrant que l’alcool le plus fort ! Plus le temps passait, plus elle buvait, avidement, jusqu’au moment où, les émotions étant trop fortes, elle sentait ses jambes se liquéfier sous elle et une vive lumière envahir sa vision. S’il n’avait été là pour la rattraper, elle se serait certainement cogné la tête sur le sol dur de la cour de récréation. Il la remit sur pied et lui proposa de l’emmener à l’infirmerie. Elle déclina poliment, le remercia et s’éloigna tout doucement en direction du banc le plus proche. Fort heureusement, le banc était inoccupé et elle put enfin se sentir soulagée en s’y asseyant. Elle repensa à ce que ce garçon lui avait dit, et elle était aux anges. Elle ne savait pas qu’autant d’émotions pouvait faire défaillir aussi facilement une personne. Perdue dans ses pensées, son regard était toujours tourné vers ce garçon irrésistible, répétant inlassablement son prénom : Paul.

Et elle se trouvait, là, devant ce bois, à attendre que son amoureux vienne cueillir son cœur.

Elle ne savait pas depuis combien de temps elle s’y trouvait, à regarder le ballet hypnotisant de ces oiseaux magnifiques. Au détour d’une vrille époustouflante de ces petits êtres si fragile mais accomplissant tant de prouesses, elle tomba nez-à-nez avec lui. Il était là, devant elle, la dominant de toute sa hauteur, un bouquet de roses à la main. Une bouffée de bonheur exhala de son cœur, remonta dans ses yeux et se transforma en une larme qui perla timidement.

Après avoir échangé les politesses d’usages, Louise pris le bouquet de fleurs, le remercia et, sans précipitations, se mit sur la pointe des pieds et l’embrassa sur la joue. Sa maladresse lui fit perdre l’équilibre et sa bouche se retrouva sur celle de Paul. Elle se confondit en excuses, les joues empourprées, ne sachant plus où se mettre. Elle se sentait bête, mais il la prit par les épaules et lui dit qu’elle ne devait pas s’en faire. Et il lui rendit son baiser, passionné. Une explosion se fit sentir au fond de son ventre. La boule qu’elle avait dans son estomac se libéra avec une telle violence, qu’elle crut en mourir. Après ce baiser, qui parut durer une éternité, Paul prit la main de Louise, et ensemble, prirent la direction des premiers arbres, qui, de leurs branches dénudées, semblaient les accueillir dans leur bras.

A mesure qu’ils pénétraient dans cette forêt, quelque chose commençait à sortir de la poche arrière de Paul. Ce dernier dut le sentir, car de sa main libre, il le prit. Le soleil en profita alors pour lancer l’un de ses rayons, qui s’accrocha sur l’objet en question et révéla sa nature. Le rasoir, ainsi découvert, disparut aussitôt dans la poche du blouson du jeune homme.


(Illustration : Fairy Tale Woodland – Detlef Reichardt – 2009)

Publicités

Navigation dans un article

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :